Matthew Effect et la règle des 10 000 heures

Cette semaine, j’aimerais répondre à un commentaire fort intéressant que j’ai eu concernant mon dernier billet « Intelligence et talent, nécessaire au succès? La science propose une réponse surprenante! »

Le commentaire m’a été proposé par Axelle Legout, une étudiante à la maîtrise de l’Université Libre de Bruxelles. Alors merci beaucoup Axelle de m’avoir inspiré à élaborer d’avantages!

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Bonjour,
Je voulais justement vous contacter concernant votre billet sur l’intelligence et le talent. Ça m’a fait beaucoup réfléchir, au premier abord j’étais assez d’accord avec vous. Effectivement, l’intelligence ne fait pas tout. Sans persévérance ni motivation, l’intelligence ne sert pas à grand-chose. Cependant, en ce qui concerne le talent, et surtout la théorie d’Ericsson, cela me laisse perplexe. Prenons par exemple les sportifs. Bien entendu, le talent n’est surement pas le bon mot, mais tout n’est pas à propos du travail. Je pense que certains ont déjà des capacités pour courir plus vite ou pour nager plus vite.

Personnellement, j’ai beaucoup nagé en compétition lors de mes années de sport études. Je me suis rendu compte que c’était parfois injuste. Entre deux individus qui pouvaient s’entrainer pareil, avec la même alimentation (puisqu’on était en internat), un « petit truc » pouvait faire la différence. Ce petit truc, qui n’est rien, mais qui place l’un à un niveau et l’autre en dessous. C’est ce « petit truc » fait qu’il n’y a qu’un Zidane, qu’un Phelps…

Donc pour la musique, je pense que si l’on veut, tout le monde peut arriver à un niveau raisonnable. En effet, se dire qu’on n’a pas le talent pour arriver à notre objectif est une issue de secours assez facile. Mais il n’y a qu’un Mozart, et malgré les efforts considérables de certains, ils seront toujours en dessous… Alors je me demande si ce n’est pas le talent, qu’est-ce?

Voilà, je ne sais pas si vous suivez tout mon raisonnement. Je suis bien conscient de ne pas écrire aussi bien que vous, mais je souhaitais vous faire part de mon opinion.

Axelle

Réponse

Wow! Quel beau commentaire Axelle! Vous écrivez très bien et je crois avoir compris ce dont vous parlez. Je crois distinguer deux sections à votre objection, l’une concerne le sport, l’autre la musique. Je vais commencer par adresser la première et la plus difficile, celle concernant le sport.

Je suis totalement conscient du fait que nous n’avons pas tous le même ADN. Effectivement, quelqu’un de 5 pieds ne pourra jamais jouer pour la NBA! Seulement, après 6 pieds, la grandeur n’influe plus vraiment sur les performances de l’athlète. Il existe donc un seuil, comme pour l’intelligence. Les 10 000 heures s’adressent donc à tous les êtres humains qui dépassent le seuil des caractéristiques physiques nécessaires pour performer.

Matthew Effect, l’effet boule de neige de la réussite!

Mais encore, cette explication n’est pas suffisante. On doit faire appel au « Matthew Effect ».

« Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l`abondance, mais à celui qui n`a pas on ôtera même ce qu`il a. » (Mathieu 14-30)

Dans le sport, un phénomène intéressant se produit en lien avec la date butoir d’inscription à l’équipe. Pour le hockey au Canada, c’est le premier janvier. Ce qui veut dire qu’un jeune qui a 10 ans le 2 janvier peut jouer toute l’année avec quelqu’un qui n’aura 10 ans seulement 12 mois plus tard. À cet âge, 12 mois de développement physique représentent une énorme différence! C’est justement à cet âge que les jeunes se font repêcher pour jouer dans des ligues supérieures, et ceux qui ont le bonus de 12 mois de développement moteur ont beaucoup plus de chances de se faire sélectionner.

Qu’arrive-t-il à ces jeunes? Ils ont un meilleur coaching et ils jouent beaucoup plus (environ 60 parties par an, comparé à une vingtaine pour ceux qui ne font pas l’équipe). Vers 13 où 14 ans, avec toute la pratique additionnelle, ces jeunes ont beaucoup plus de chances que les autres d’être sélectionnés pour jouer dans la ligue Majeur Junior A.

Si on observe les chiffres, on peut voir que l’effet est encore plus proéminent à l’extérieur du Canada où 36.4% des joueurs de la NHL étaient nés entre janvier et mars contre seulement 15.4% entre octobre et décembre. Ces chiffres varient d’une année à l’autre, mais la tendance reste constante.

Tout ça pour dire qu’il y a un effet boule de neige, l’effet Matthieu. Plus on se démarque jeune, plus la vie nous privilégie en nous donnant l’occasion d’accumuler des heures.

Mozart, un peu lent pour un génie.

Mozart et les 10 000 heures

Finalement, pour expliquer Mozart. Michael Howe, dans son livre « Genius Explained » explique justement en quoi Mozart n’est pas le virtuose inné que l’on nous dépeint dans nos cours d’histoire. Il explique que ses premiers travaux sont loin d’être impressionnant et que ses premières pièces, selon plusieurs historiens, auraient été créées par son père. Ses premiers concertos pour piano et orchestre seraient en fait des arrangements musicaux du travail d’autres compositeurs. Son premier chef-d’œuvre (No. 9 K. 271) a été créé lorsque Mozart avait 21 ans, soit 10 ans après qu’il ait commencé à composer des concertos. Michael Howe va jusqu’à dire que Mozart a pris du temps à se développer puisque ses meilleures pièces ont été écrites en début trentaine, vingt ans après avoir débuté.

La théorie des 10 000 heures stipule que ça prend environ 10 ans pour se développer à travers une discipline et Mozart n’y fait pas exception.

Pourquoi 10 000 heures?

Seth Godin, un de mes auteurs favoris, a fait un billet de blogue intéressant sur la règle des 10 000 heures.

Son argument est le suivant : tu gagnes quand tu deviens le meilleur au monde, peu importe comment « meilleur au monde » est défini dans notre marché. Dans un marché mature, ça prend 10 000 heures pour gagner, parce que la plupart des gens quittent après 5 000 heures! C’est là la véritable magie du chiffre 10 000 : c’est difficile et la plupart des gens abandonnent avant. Cependant, qu’est-ce que ça prend pour créer une entreprise et la propulser dans les « fortunes 500 »? 20 000 heures? 30 000 heures?

Conclusion

Lorsque l’on jette un œil sur les performances des athlètes comme Phelps, Sidney et Zidane, on constate qu’ils ne sont pas 4 fois meilleures que leurs pairs. Ils les dépassent à peine d’une fraction et c’est justement cette fraction qui fait toute la différence. Je trouve bien triste d’attribuer cette fraction à l’ADN, puisque ça enlève le mérite à l’effort et à la pratique. Cependant c’est peut-être le cas! On ne peut en être sûr. Par contre, je peux vous dire ce dont je suis sûr : ces athlètes ont mis des efforts constants et faut preuve d’un dévouement sans précédent.

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